La nature a horreur du bide.

1. Ma femme aussi, surtout du mien! Du coup je me suis acheté un rameur...

2. Voir plutôt l'entrée Horror Vacui (version papier).

LHC

1. On l'appelle également « le Seigneur des anneaux » : quelque part près de Genève, à cheval sur la frontière franco-suisse, un gigantesque tunnel circulaire gît sous terre, dans lequel on pousse des particules à des vitesses inimaginables afin de les faire s'entrechoquer, pour voir si d'autres particules se forment ou pour taquiner le champ de Higgs. Contrairement à ce que pense mon boulanger, on ne fait pas de collision pour « casser » des particules en des corpuscules encore plus petits ; ce n'est pas non plus pour récupérer ce qu'il y a dedans, comme dans le cas de collision entre votre marteau et votre tirelire : les heurts qu'on produit servent à dégager une énergie suffisante pour que les particules virtuelles existantes dans le vide quantique (qui n'est pas vide) acquièrent suffisamment de souffle pour exister. Tels des papillons du microcosme, elles n'existent qu'un court instant : mais leur renaissance impromptue leur permet de revivre les conditions de l'Univers de leur jeunesse, distante de quelques milliards d'années.

Pour atteindre ces états extrêmes de l'énergie, il faut de la place. Le LHC, a une circonférence de 27 km, l'équivalent du périphérique de Paris ; mis debout, l'anneau serait aussi grand que l'Everest. C'est dire si pour sonder l'infiniment petit il faut foncer à corps perdu dans le gigantisme. Enfin, il faut savoir qu'au moment de la collision les particules produisent localement (encore heureux !) une température de dix mille milliards de degrés, ce qui nous fait une chaleur respectable. Pour permettre ces cartons fabuleux, l'accélérateur nécessite une mise sous vide tout aussi phénoménale : dans ses tuyaux circulaires il règne 10-13 atmosphères - soit 0,0000000000001 de la pression au niveau de la mer, c'est-à-dire un état de vide bien supérieur à celui que l'on pourrait trouver dans l'espace intergalactique, qui lui est parcouru de rayons cosmiques, parsemé d'atomes et battu par l'omniprésent fond diffus cosmologique. Ce dernier, à lui seul, produit une température de 2,7 K, alors qu'au LHC la température est bien plus proche du zéro absolu (-273°) : seulement 1,9 K.

Sacrée machine, quand même.

2. Les physiciens nous expliquent que l'énorme anneau n'a coûté qu'un café à chaque Européen [1]. À ce prix-là, franchement, je ne vois pas pourquoi on ne construirait pas des collisionneurs de particules à chaque station de métro, ou au moins dans chaque quartier. Ce serait un grand progrès pour les sciences et pour leur démocratisation : nous pourrions aller le week-end au collisionneur du quartier, munis de quelques protons, et les voir faire des accidents spectaculaires dans un détecteur géant, plus grand que l'église d'à-côté ! Et voir que E égale effectivement mc2 grâce aux mirobolantes volutes tracées par les éphémères particules nouvelles engendrées par l'énergie : des muons, des gluons, des positrons, des photons, voire des kaons neutres ! Une ribambelle de confettis déchaînés. Nous pourrions nous promener les pieds nus dans le champ de Higgs et nous faire traverser par des vagues de neutrinos. Peut-être pourrions-nous contempler le quark étrange ou le quark charmé et goûter à leurs différentes saveurs ! Tu parles d'une fête de quartier !

Au lieu de cela, il est des associations (de quartier ?) qui ont attaqué le LHC en justice car ils soupçonnaient l'énorme machine d'être un faiseur de trous noirs capables d'avaler la Terre entière.

Quant à moi, il se trouve que j'ai besoin de m'acheter une Twingo : si chaque Européen voulait bien me filer 0,001 centime (un cent-millième d'euro, allons !) je pourrais m'en offrir cinq, toutes bleues, aux couleurs de l'Europe tiens, pour vous faire plaisir ; à moins que finalement je ne craque sur une Maserati d'occasion. À bon entendeur...

3. Si prochainement vous vous retrouvez comme d'habitude coincés sur le périphérique de Paris, souvenez-vous qu'au LHC les protons font tout le tour de l'anneau plus de onze mille fois... par seconde.

[1] Fourbe, le scientifique ne nous précise pas si c'est un café au comptoir ou en terrasse.


Lune

On entend à tout bout de champ parler de la Lune : la Lune par ci, la Lune par là, oh! la belle Lune! oh oh! la pleine Lune! On ne fait que parler de la Lune la moitié de la journée, et pourtant jamais personne ne nous dit la chose essentielle qu'il faut savoir sur notre satellite chéri, alors que l'autre moitié de la journée on la passe à parler de changement climatique. Eh bien, lecteur, sache qu'entre ces deux choses le lien est on ne peut plus fort.

Comme tu le sais déjà, car tu as déjà vu la conférence remarquable de Jean-Pierre Bilbring, le système solaire n'a absolument pas été fixé une fois pour toutes, mais a connu une histoire assez dramatique et pleine de péripéties : histoire, d'ailleurs, qui ne saurait s'arrêter tout net, comme s'il avait atteint quelque point d'équilibre éternel. Alors que tout, grosso modo, évolue et se modifie dans le cosmos, la Terre semble connaître, le long de ses centaines de millions d'année d'histoire, une stabilité remarquable de son inclinaison sur le plan de l'écliptique : 23°; depuis la nuit des temps. Or cette inclinaison est ce qui détermine les propriétés de la Terre telles que nous les connaissons, avec son équateur chaud, ses pôles frisquets et les zones habitables entre les deux. Si elle devait se modifier au fil du temps, rien ne nous dit que l'on se retrouverait pas avec un pôle nord pile au milieu du massif central! Par exemple, le fait que cet angle gigote (quand même) un tout petit peu (c'est le phénomène de la précession), cela génère rien de moins que les glaciations.

On a beau dire "bof! 23° c'est même pas un chiffre rond!" le fait est que cela est le principal garant de la stabilité climatique (relative, certes) de la Terre. Mais par quel miracle cet angle ne change-t-il pas? Eh bien, sache lecteur que nous devons cela à la Lune même qui, en orbitant tout gentiment autour de nous, s'occupe de redresser sans cesse l'axe de la terre. Or, c'est grâce à cette stabilité remarquable de l'obliquité de la Terre que la vie même a pu se développer.

Je ne sais pas si quelque poète a jamais nommé la Lune notre "ange gardien". Je veux bien être le premier!