Nicolas de Cues

1. Ce fut un grand savant, mais on ne le cite jamais à l'oral, car l'auditoire entendrait à tout les coups Nicolas de Cul.

2. Nicolas pensait entre autres que toute connaissance humaine avait quelque chose d'arbitraire et disait que le rapport entre la science et la vérité est semblable à celui d'un polygone inscrit dans un cercle : dans un tel cas nous aurons beau multiplier jusqu'à plus soif les côtés du polygone du savoir, jamais nous n'obtiendrons qu'il adhère  au cercle du réel... 

Ca fait réfléchir?

Il faut dire que pour Cues ce schéma était l'image même de l'infini "actuel", c'est à dire réel, palpable, concret. Ca lui servait pour envoyer bouler Aristote, pour qui il n'existait d'infini qu'en "puissance", virtuellement.

ps. Comme il était impossible de citer ce philosophe à l'oral sans déclencher l'hilarité du public, on a fini par l'appeler Nicolas de Cuse. Faites de même si vraiment vous voulez en parler!

pss. Ah! C'est lui qui a dit la fameuse phrase qui vous terrasse : "la fabrique du monde a son centre partout et sa circonférence nulle part." Il est fou! Mais ce n'est sans doute pas lui. En fait c'est Pascal. Mais non, il est venu après! C'est Montaigne, qui a copié sur Mlle de Gournay; mais avant elle la formule apparaît dans Rabelais. Celui-ci ne l'aurait-il pas prise chez Gerson, par hasard? Et Gerson n'aurait-il pas puisé dans Saint Bonaventure, qui l'avait piquée chez Vincent de Beauvais? Euh... ah! Il est vrai qu'on rencontre la chose dans Timée de Locres, philosophe du IV siècle avan Jésus-Christ...et puis, quoi! N'est-ce pas Hermès Trismégiste qui l'avait pondue? Bref, la formule plaît et cours le temps, les siècles et les auteurs. On l'applique parfois à l'univers, parfois à Dieu lui-même....

Nom des étoiles

Le biologiste nomme les cellules, le chiffonnier les tissus, l'entomologiste les insectes et l'astronome.... les astres. Parmi ceux-ci l'astronome s'occupe entre autre de classer les étoiles. Or, si nous prenons un classement d'entomologiste, nous trouvons que les bestioles sont rangées selon des propriétés structurelles qui permettent de les différencier selon leur nature. Aussi nous trouvons des ordres selon la présence ou l'absence d'ailes, selon leur conformation et leur nombre; puis selon le type de pièce buccale, que ce soit celle d'un broyeur, d'un suceur, d'un piqueur ou autre; et encore selon que l'animalcule s'adonne ou moins à la métamorphose. Avec ces quelques critères nous pouvons à tous les coups différencier la mouche et la puce, le phasme et le coléoptère.

Mais que direz vous si on donnait des noms aux insectes selon leur état, selon leur action ou encore d'après certains penchants? Que n'appellerait-on pas une mouche jolie un mouchkif? Et une mouche tendre un mouchou? Ou une mouche étrange une moucharade, et celle qui est tombée dans le verre de lait une mouchenaze?

Dans le domaine de l'entomologie ce serait un vrai capharnaüm, car il faudrait une taxinomie sans fin pour tous les états physiques et psychologiques connus de chacun des insectes.

Mais en astronomie, discipline qui compte pourtant un nombre assez limité d'objets, il en va exactement ainsi : les noms communs des étoiles ne correspondent pas à des types structurellement différents, mais plutôt à des phases de leur existence. C'est comme si on avait donné un nom spécifique à la mouche bébé (un mouchinet), à la jeune (un mouchant), à l'adulte (un mouchot), à la vieille (un mouchard) et à la morte (un mouchabée).

Aussi, entre la brune et la rouge, entre la jaune et la bleue, il n'est pas question, par exemple, de matériaux constitutifs différents, et la couleur n'indique en rien la quantité de pigment qu'elles contiennent ou le goût qu'elles auraient si on pouvait les croquer. Ces couleurs ne font que désigner tel ou tel rayonnement, qui correspond à telle ou telle phase d'une même étoile, d'un même bidule qui traverse des âges. Même l'opposition entre la naine et la géante est un critère qui n'a rien de définitif : une étoile qui nous paraît toute petite aujourd'hui peut devenir gigantesque demain.

Il est vrai que ces phases comportent quelques importantes propriétés spécifiques, mais au fond, lecteur, disons les choses comme elles sont : des étoiles il n'y en a qu'une! Sauf qu'elle prend différentes dénominations au cours de sa vie, selon qu'elle se trouve dans un état paisible ou énervé, sur le point d'exploser ou ayant soufflé la plus grande partie de sa masse.

Voici alors une définition simple de cet astre générique : l'étoile est un objet céleste dont la masse est suffisamment grande pour permettre le déclenchement des réactions nucléaires de l'hydrogène. A partir de cette boule se définissent ensuite les différents moments de vie de l'astre.

Prenez le soleil, dont on dit qu'il est une naine jaune. Nous savons que dans 7 milliards d'années il enflera très fort et deviendra une géante rouge. Au bout de cette crise d'ire il se rétractera tout aussi fort et se transformera en naine blanche. Mais encore, graduellement, il déclinera vers la naine noire : une boule petite et tiedasse qui sera invisible à l'oeil nu.

Donc : le soleil est-il une naine jaune? Nenni lecteur! Il est seulement dans sa phase naine jaune...

Nuage protosolaire

1. Au nord de la France, c'est l'allure que prend le plus souvent notre astre du jour. Nous ne pouvons pas le voir directement, mais nous pouvons en avoir une vague intuition par cette luminosité spectrale qui semble se localiser quelque part derrière des couches de nuages épais et persistants. Voir par exemple la météo typique pour Brest : "des pluies et des vents en rafale, températures largement en dessous de la normale, risque de verglas, de neige et de grêle tout à la fois; accalmie prévue en fin de journée quand le ciel pourra prendre l'aspect de nuages d'allure protosolaire..."

2. En astronomie, c'est le nom que porte un nuage moléculaire géant de matière en accrétion (principalement composé d'hydrogène et d'hélium) en passe de former une étoile -en réalité, en dehors du Système solaire, le terme correct est « nuage protostellaire ». À partir de cette situation, qui identifie le stade précoce de la formation stellaire, la matière se concentre sur elle-même tout en tourbillonnant assez follement. Cette précipitation imposante de matière rend l'étoile naissante de plus en plus lumineuse, jusqu'à ce que la poussière attirée ne forme un véritable cocon opaque qui la masque presque tout à fait, dans ce qu'on appelle un globule obscur. Dans un second temps, l'étoile rentre dans une phase dite T Tauri (allez savoir pourquoi), caractérisée par des variations subites et anarchiques de la magnitude apparente, puis elle et entame enfin sa Séquence principale quand sa luminosité n'est plus due aux chocs de la matière en précipitation, mais aux réactions nucléaires. Et voilà enfin l'astre parti pour des millions d'années de paix.

Voir Séquence principale (version papier).