Univers chiffonné ou "petit univers" ( 2 )

02/07/2017

On continue. Même pas peur! On plonge à corps perdu dans la quatrième dimension...

Nous avons vu, ô lecteur, que l'hypersphère est chouette mais un peu sosotte. D'ailleurs les cosmologues se moquent aujourd'hui de l'hypersphère comme moi de ma première capote. Nous allons imaginer, avec eux, que l'univers pourrait être moins con et se doter d'une géométrie plus vache, avec des côtés. Comme personne ne me surveille, je fais ce que je veux : pour simplifier les schémas je vais alors imaginer que l'univers, sur son "équateur", peut se représenter comme un octogone.

Dans cette première image on voit la terre, bleue comme une orange, dans un point quelconque de l'univers et, plus haut, une galaxie G, pifométriquement positionnée. Qu'est-ce qui fait que nous voyons la galaxie ? Ce sont les photons qui nous proviennent en ligne droite qui nous fournissent son image, représentés par la ligne blanche. Comme les photons voyagent en ligne droite (sauf au voisinage de corps très massifs, comme les trous noirs), nous pouvons être sûrs que si nous voyons la galaxie en un point G elle s'y trouve tout à fait, très concrètement : elle gît en G.

Nous savons cependant que la galaxie envoie ses gentils photons dans toutes les directions de l'espace. Si on dessine ça, cela nous fait carrément une gloire, pas vrai ? C'est y pas beau ? On dirait l'extase de Sainte Thérèse du Bernin !

Or, ce qu'il faut comprendre dans cet univers à 4 dimensions, c'est que certains rayons, qui partent tout à fait de traviole par rapport à la terre, vont quand même arriver à nous. Non plus en « ligne droite » ; non plus selon la ligne de « plus court chemin » depuis G, mais en suivant un chemin traversier, oblique, loufoque. Voici un exemple de photon (ou horde de photons) qui part vers une zone quelconque de l'univers et finit par nous taper dans la rétine ni vu ni connu.

Ceci signifie une chose très concrète, et bien troublante : nous voyons au point A' une image additionnelle de la galaxie G.

Si on continue d'envoyer des photons depuis G dans différentes directions, on constate que le phénomène peut se produire dans bien de configurations variées. Des photons arrivent à nous depuis plusieurs points de la voûte céleste. L'univers à 4 dimensions est une sorte de jeu de miroirs sidéral. Matez ça :

L'image de droite (16) est intéressante à deux égards : tout d'abord elle ressemble bigrement aux schémas que nous avons vus en traitant de l'hypersphère et montre que, dans cet univers simplifié en octogone plat, le trajet que peut accomplir un photon ne peut pas balayer l'espace indéfiniment : au second tour, il retombe sur ses pattes initiales. Ensuite l'image nous montre ce cas limite, dans lequel un photon dirigé carrément dans la direction opposée à la terre, finit obligatoirement par tomber sur la bleue planète.

Les conséquences de ces schémas, bien que très simplifiés, sont alors étonnantes. Pour mieux les saisir, je vous propose de dégager la galaxie et de placer, au point G un cube de Rubik.

Voici alors les deux conséquences principales de l'hyperespace :

1. Si, devant nous, nous voyons par exemple la face jaune du cube, dans un autre point de la voûte céleste nous verrons la face verte; ailleurs nous verrons la rouge, dans une autre zone du ciel la blanche. Et, en regardant derrière nous, nous verrons la face arrière du cube, la bleue. Contiendrait un nombre n de projections du cube, dépendant directement du nombre n de côté de l'univers hyperspatial. Naturellement, si l'univers avait autant de facettes que les yeux d'une mouche, nous verrions dans le ciel un nombre prodigieux d'images Rubikubiques, aussi variées que possible.

2. Les schémas présentés plus haut montrent clairement une autre caractéristique de cet espace en miroirs : les trajets des photons qui nous parviennent sont tous de longueur différente. La face jaune nous parvient sur la ligne de plus court chemin, mais la verte, par exemple, nécessite un trajet deux ou trois fois plus long. Or, comme la vitesse de la lumière est finie, cela signifie que certains photons nous parviendrons au bout (par exemple) d'une année, alors que d'autres pourront toucher la terre un million d'année plus tard. Du coup : non seulement nous verrions dans la voûte céleste des images projetées selon un point de vue différent, mais ces images auraient des dates différentes, nous montrant différents moments de la vie du Rubikube. Si nous imaginons que celui-ci a une histoire, la chose devient alors rigolote : je suppose qu'avant d'atteindre son état ordonnée le cube ait été longuement manipulé par le Grand Législateur, traversant toutes les phases nécessaires pour passer du désordre (cases toutes mélangées) à l'ordre (faces homogènes). En regardant alors la voûte céleste, je verrais quelque chose qui peut se représenter comme suit : 

En somme, quelque chose comme ça : un seul vrai objet, puis partout ailleurs des projections obliques et à différentes phases de son histoire...